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Les everglades

Ces derniers temps, nous comptons un bon nombre de visites des environs de Miami à notre actif. L'un de mes coups de coeur, ce sont  les Everglades.

 

Les Everglades, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un parc national d'environ 15 000 km2. Pour vous donner une idée de la taille, la superficie de Paris avoisine les 105 km2.

Les Everglades sont divisés en deux parties. La partie protégée, avec un droit d'entrée de 10$ et la partie non protégée, souillée par une agriculture polluante et un tourisme de masse pas très en harmonie avec la vie (l'avis?) des animaux. 

 

Lorsque je visionnais des vidéos à propos de Miami, une image récurrente apparaissait, l'airboat. Vous savez ce bateau avec une hélice géante derrière, glissant à une allure folle sur l'eau. Comme tout le monde au premier abord, je voulais en faire, et puis j'ai  réfléchi et je me suis dit : n'est-ce pas un peu trop bruyant et dangereux pour la faune locale ? C'est-à-dire alligators, tortues, dauphins, lamantins... 

Sur mon guide du routard, j'y ai lu que cette pratique n'était pas très écologique. Mon sang n'a fait qu'un tour.  Je ne voulais plus en faire. Quel est l'intérêt de visiter un parc national avec des animaux sauvages en totale liberté si c'est pour les déranger dans leur espace ? 

 

Lorsque avec mon mari et mon amie en visite chez nous, nous sommes allés aux Everglades, j'avais un peu le ventre noué. J'essayais de trouver des excuses du genre, s'ils ont une ferme aux crocodiles, ne comptez pas sur moi pour vous suivre. Je ne donne pas mon argent à ces gens-là.

Nous pensions tous les trois la même chose.

Je ne savais alors plus trop comment faire comprendre, sans vraiment le dire,  mon aversion pour la pratique du airboat dans une réserve naturelle tout en ne voulant pas les frustrer dans leurs envies. Je savais qu'en ne les suivant pas cela allait gâcher un peu leur plaisir. Que  par solidarité, ils se priveraient de faire ce dont ils avaient envie pour ne pas me laisser seul. Bref, dans ma tête, cela cogitait et dans ces moments-là, j'ai le coeur qui se noue très fort parce que je ne veux pas faire quelque chose qui va à l'encontre de mes valeurs. C'est physiquement impossible. Mon cerveau commanderait presque à mon corps de tomber dans les pommes juste pour ne pas avoir à faire ce que je ne veux pas.

 

Nous sommes entrés dans le parc et nous nous sommes rendus au point d'information des visiteurs.  À cet instant, quelle ne fut pas ma joie lorsque nous avons demandé où était l' airboat et que la jeune fille nous a dit que dans le parc protégé cette pratique était totalement interdite parce que polluante, bruyante et  dangereuse pour la faune et la flore. Cela a tout de suite coupé l'envie d'en faire à mes accompagnants. Mon coeur s'est dénoué en une fraction de seconde. Mon sourire est revenu, le soulagement était total. Je ne frustrais personne et n'avais plus à me retenir de dire que je ne trouvais pas cela correcte pour les animaux. 

 

Nous avons donc pu visiter les Everglades en toute sérénité et nous nous sommes offert une balade en petit bateau de promenade donc silencieux, et beaucoup plus lent, pour visiter la mangrove. Le décor était magnifique, alligators, tortues, dauphins, végétation somptueuse. Le spectacle de la nature était beau et calme comme dans mes rêves les plus zens (je ne peux pas dire les plus fous, ce n'était pas du airboat) .

 

Nous sommes également allés nous balader sur des petits chemins en plein milieu de la réserve. Je ne vous cache pas que je ne faisais pas le malin. Au vu de la taille des araignées au-dessus de nos têtes et sachant que même en voie de disparition, il y avait quand même des panthères quelque part autour de nous, et évidemment des caïmans. La nature sauvage en somme.

 

 

Le samedi suivant, nous voulions retourner aux Everglades, mais par le nord, car nous avions vu sur nos guides un village indien et une balade en petit train. 

 

La route que nous avions empruntée regorgeait d'immenses panneaux publicitaires pour l'airboat et les fermes aux alligators... Un mauvais pressentiment m'a envahi. Nous nous jetions dans la gueule du loup, ou plutôt du requin, vu que nous allions dans la Shark Valley. Et cela n'a pas raté.

Nous nous sommes garés sur un parc de stationnement  devant un beau village indien en carton-pâte; là, tu vois bien la décrépitude du peuple qui a fini par survivre avec des casinos et des attrapes touristes.

 

Mon coeur s'est à nouveau noué, dans ce village indien, il y avait des animaux en captivité, pour le spectacle, pour amuser le touriste  en manque de sensation. Ni une ni deux, devant l'entrée de ce pseudo-village, mes larmes se sont mises à couler. Je ne pouvais pas entrer là-dedans. Un lieu qui représente tout ce que je déteste, la souffrance et l'enfermement pour le plaisir de l'être humain. Heureusement, mon mari et mon amie n'avaient pas nécessairement envie d'y aller non plus en voyant le lieu et en sachant qu'ils allaient participer à cela en donnant leur argent pour entretenir ce genre de pratique.

 

Nous sommes retournés à la voiture, mon coeur se dénouant peu à peu, mes petites larmes coulant le long de mes joues et ma culpabilité d'avoir des idéaux handicapants. Heureusement, je ne suis pas marié à n'importe qui. Et mon amie, ne l'est pas pour rien. Ils ont su me rassurer et me faire entendre qu'eux aussi comprenaient. Ils étaient d'accord avec moi. 

 

Nous avons donc fait demi-tour et nous nous sommes rendus quelques kilomètres en arrière où, plus tôt,  nous avions failli tourner en cherchant le village. Mon instinct me dictait cette direction, et il avait raison. Nous étions à une autre entrée du parc protégé des Everglades !

Vous ne vous imaginez même pas à quel point j'étais heureux de pouvoir payer dix dollars pour entrer dans ce havre de paix où les animaux sont respectés et protégés.

Je vous parais complètement dingue, mais je suis réellement comme cela. 

 

Au final, le petit train, c'était là. Comme nous avions du temps avant le prochain départ, nous avons décidé à la place de louer des vélos pour faire le trajet. Trois heures de balade au milieu d'énormes caïmans, de tortues, d'araignées gigantesques et d'une végétation magnifique. 

 

Résultat de ces deux samedis aux Everglades, des débuts difficiles pour deux journées inoubliables qui m'ont rendu plus qu'heureux.